Comment nous travaillons

Pour le dire simplement, nous éditons comme aucune autre maison d’édition musicale ne le fait. Notre façon si particulière d’éditer la musique est ainsi la garantie de la très haute qualité philologique de nos partitions.

Il est indéniable que les éditions de type « urtext » sont devenues en quelques années une sorte de référence à côté de laquelle il est difficile de passer. On doit notamment cela à leur souci affiché de respect du texte original. Mais leur projet de rester fidèle au texte souffre de nombreux compromis.

Le premier d’entre eux touche aux sources : la plupart des éditions urtext proposent une synthèse de plusieurs documents, souvent très éloignés les uns des autres dans le temps et dans l’espace. Un autre compromis tout aussi important concerne la graphie de la partition : dans la quasi-totalité des éditions urtext, la gravure est réalisée afin de moderniser le texte musical, par l’usage des clefs, des altérations, etc. Enfin, les éditions urtext n’hésitent pas, dans bien des cas, à extrapoler le texte musical, en ce sens qu’elles proposent quasiment systématiquement la réalisation des basses continues, ainsi que des indications d’articulation et d’exécution. Autant de compromis qui rendent finalement difficile l’accès au « texte original ».

Ce sont tous ces compromis que nous refusons.

Nos éditions sont pour chacune d’entre elles l’édition d’un seul document original, manuscrit ou imprimé. Pour beaucoup d’œuvres, il n’en existe qu’un, dont nous devons nous contenter. Mais pour les autres cas, nous faisons un choix. Lorsqu’un manuscrit autographe existe, ce choix est vite tranché : c’est cet autographe que nous retenons. Lorsqu’il n’existe pas d’autographe, nous croisons différentes informations historiques et musicologiques qui nous permettent de retenir le document susceptible d’avoir été établi au plus près de l’autographe ou d’une source originelle. Il peut s’agir là aussi d’une copie manuscrite ou d’un imprimé.

Quant à la gravure du texte musical, tout est fait afin de préserver l’esprit et la lettre de l’original sur lequel nous travaillons. En d’autres termes, nous ne modernisons rien : les clefs sont conservées, les armatures sont préservées, les altérations et leur sens restitués, l’orthographe du paratexte musical n’est pas « corrigée », et tous les usages de l’époque sont respectés.

C’est d’ailleurs au nom de ces usages que nous veillons à vous laisser l’espace de liberté nécessaire à l’instantanéité de votre exécution. Nous ne voulons pas que votre imagination et votre créativité soient bornées par des suggestions ou des propositions qui ne vous intéressent pas forcément : vous devez pouvoir improviser sans entrave. Nos basses continues ne sont donc jamais réalisées, et rien qui ne figure pas sur notre original n’est ajouté.

Notre travail de tous les instants est ainsi de veiller à vous donner la possibilité d’accéder à une source musicale originale. Nous enlevons les traces d’eau et de vin sur la papier, nous supprimons les ratures, nous gommons la transparence de l’encre, nous rendons nets et parfaitement lisibles tous les caractères, le reste demeure. La musique vous est restituée « dans son jus » philologique. Pour nous, il s’agit probablement de la première nécessité de l’interprétation historiquement informée. Certainement est-ce également la vôtre.